Ti Akwa#12 Le Marakoud

Nous vous proposons avec Ti-Akwa des activités et des histoires pour stimuler l’imaginaire des petits et des grands enfants. Dans ce texte, Ludmilla a laissé libre cours à son imagination…

Conte écrit le 1er mai 2021 lors de l’atelier Création de récits pour enfants offert par Simone Lagrand, dans le cadre de sa résidence d’artiste à Fort-de-France


C’est l’histoire de Marakoud, un fruit de la passion, un maracudja comme on en trouve beaucoup dans la Caraïbe. Mais contrairement à ses frères, soeurs et cousins passiflores du monde entier, il n’était ni rond, ni jaune, ni violet, ni même vert…Il était bleu et carré!

Marakoud était très aimé de toute sa famille. Il était vif, rigolo, turbulent, et généreux. Il était aussi un peu timide. Alors il se sentait très mal à l’aise quand les passants, le voyant accroché au grillage de Man Golèt, s’écriaient “Fout Marakudja a Man Golèt bèl ! Kant a ti blé la sa wayayayyy”. Ils ne parlaient que de lui, ils ne voyaient que lui. Dans ces moments-là, Marakoud se sentait à part, et il avait envie de se faire tout petit.

Il avait retourné le problème dans tous les sens. Il ne voyait qu’une solution pour ne plus connaître cette désagréable sensation : il lui fallait absolument ressembler à ses frères et soeurs. Mais comment faire ? “Ki jan an ké fè ? Ki Jaaaaan ?” pleurait Marakoud.

Fouli le colibri qui voletait par là entendit les lamentations de Marakoud et lui demanda : “Ka ki rivé’w boug an mwen ?”. “Je voudrais être jaune, je voudrais être rond, comme mes frères” lui répondit Marakoud. En voyant son camarade si triste, Fouli se rappela le nombre de fois où Marakoud l’avait laissé le butiner quand il n’était qu’une fleur. Il se dit qu’il devait absolument l’aider. Fouli réfléchit, et réfléchit encore, puis eu soudain une idée de génie :

“Man Golèt refait sa barrière. J’ai vu devant sa porte du ciment et de la peinture jaune ! Si tu plonges dans le ciment, puis que tu te roules par terre; et qu’ensuite tu plonges dans la peinture, tu seras rond et jaune mon ami, comme tu le souhaites. Ka ou ka di ?” En entendant cette proposition, Marakoud cria de joie “Merci, merci Fouli. An nou ay”.

Aussitôt, Fouli se mit à becqueter la liane qui reliait Marakoud au grillage. Il s’y appliqua jusqu’à ce que Marakoud se détache. Après cela, il s’empressa de poser son bec sur Marakoud, afin d’orienter sa chute. Il lui permit ainsi de tomber dans un pied de mousseline, et d’atterrir en douceur. Malheureusement, Marakoud resta coincé entre les branches de la mousseline. Fouli embêté s’exclama “Vite, il nous faut de l’aide pour te tirer de là”.

“Hum hum” toussota une voix sortie de nulle part. C’était Kiki la mousseline. Elle poursuivit “Demandez-le moi gentiment, et je vous aiderai”. Les 2 compères s’écrièrent en choeur “Kiki, aide nous, Kiki aide nouuus”. Elle les interrompit “Et le mot magique ?”. Marakoud tenta un timide “Euh Kiki aide nous…s’il te plaît” auquel Kiki réagit favorablement “Eh bien voilà, ça c’est une demande polie”. Dans un mouvement gracieux et aérien, elle se mit à agiter ses feuilles. Marakoud ne put s’empêcher de rire “Ca me chatouille, ça me chatouille”. Dans la joie, et en moins de deux, il fut libéré.

Mais une petite pente l’entraîna brusquement vers le bas. Il la dévala en hurlant “An mwééééé”, sous les yeux de Fouli impuissant. Sa course fut par chance stoppée par le pied de Man Golèt. Elle était debout devant chez elle. Elle se pencha et le ramassa en lui demandant “Ohoh, mais qu’est ce tu fais là ?”…Marakoud lui raconta toute l’histoire, et la pria de le tremper dans le ciment, puis dans la peinture jaune. Man Golèt lui sourit, et lui déclara avec sagesse “Ti Gason, ne te sens pas chargé de changer le regard du monde sur toi. Décharge toi de ce poids, détache toi de tout cela, et viv vi a-w.”

Pas certain d’avoir bien compris le message, Marakoud écoutait toutefois attentivement Man Golèt, en observant le paysage à hauteur de femme. Il était toujours dans la main de Man Golèt, et réalisa qu’il avait de là, une magnifique vue sur sa chère famille. A ce moment précis, 2 voisins qui passaient, dire en regardant le grillage “Fout Marakudja a Man Golèt bèl ! Kant a gwo jòn la sa wayayayyy”

FIN



Volubile, curieuse, créative, érudite, volontiers rebelle, avec une furieuse envie d’explorer notre andidan et de partager ses découvertes…Simone Lagrand est de ces artistes qui savent vous embarquer dans leur monde et vous forcer à explorer le vôtre. “Paroleuse” tout terrain qui manie aussi bien les mots-bonbons pour enfants que les mots-feu pour guerres ou jeux d’adultes…son talent n’a pas fini d’être reconnu dans et en dehors des frontières de la Martinique.

Illustration : Black Meisha

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